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Macroprolactinomes chez l'enfant et l'adolescent : bonne réponse au traitement agoniste dopaminergique


Philippe Chanson, Kremlin-Bicêtre

D'après Salenave S., Ancelle D., Bahougne T. et al. Macroprolactinoma in children and adolescents : factors associated with the response to treatment in 77 patients. J Clin Endocrinol Metab 2015;100(3):1177-86.

Les adénomes hypophysaires sont rares chez l’enfant et l’adolescent. La moitié des patients à cet âge ont un adénome à prolactine. Dans certains cas une mutation, en particulier du gène AIP (23 % des enfants de la série d’adénomes de Bicêtre) ou du gène de la ménine, est à l’origine de ces adénomes.
Grâce à une analyse rétrospective d’une cohorte de jeunes patients présentant un macroprolactinome (adénome à prolactine de plus de 10 mm de plus grand diamètre), menée aux CHU de Bicêtre, de Reims et de Lyon, on dispose maintenant d’un peu plus d’éléments sur la présentation clinique et la réponse au traitement des macroprolactinomes survenant dans cette population.

Les patients âgés de moins de 20 ans au moment du diagnostic de macroprolactinome et vus dans l’un de ces 3 centres entre 1983 et 2013 ont été étudiés et leur profil génétique caractérisé. La réponse hormonale et tumorale aux agonistes dopaminergiques a été analysée et cela après un suivi moyen de 8,2 ± 5,8 années.
La cohorte comportait 77 patients (26 garçons et 51 filles) dont l’âge moyen au diagnostic était de 16,1 ± 2,5 ans (entre 4,5 ans et 20 ans). Dix-huit avaient moins de 15 ans au diagnostic et une toute petite minorité (2 garçons) avait moins de 10 ans. Dans les 2 sexes, le symptôme révélateur le plus fréquent était un trouble pubertaire à type de retard pubertaire ou d’aménorrhée primaire ou secondaire (49 %), suivi par des troubles visuels en rapport avec un macroprolactinome comprimant le chiasma optique (24 %). Un retard de croissance était observé dans 24 % des cas. On peut aussi noter une prise de poids dans 24 % des cas : d’ailleurs au moment du diagnostic la moitié des enfants étaient obèses ou en surpoids. La prolactinémie basale était significativement supérieure chez les garçons en comparaison des filles (7 168 ng/ml chez les garçons versus 1 433 ng/ml chez les filles). Le volume des adénomes était également plus important avec un diamètre maximum de 33 ± 14 mm chez les garçons versus 19 ± 9 mm chez les filles. Ils étaient aussi plus souvent invasifs chez les garçons.
Une mutation du gène AIP été trouvée chez 5 des 55 patients testés (9 %) et de celui de la ménine chez 3 des 59 patients testés (5 %).
Ces macroadénomes à prolactine ont bien répondu au traitement par agonistes dopaminergiques puisque, dans 74 % des cas, la prolactinémie s’est normalisée sous traitement. Quatorze des 20 patients qui n’ont pas totalement répondu (c’est-à-dire qui n’ont pas normalisé leur prolactinémie) aux agonistes dopaminergiques avaient aussi une réponse insuffisante de l’adénome aux agonistes dopaminergiques mais globalement le traitement par agoniste dopaminergique a permis une réduction parfois spectaculaire du volume de l’adénome chez 76 % des patients.
Les patients qui ne normalisaient pas leur prolactinémie sous agoniste dopaminergique avaient en général une valeur plus élevée et un volume tumoral supérieur, les 2 paramètres étant bien sûr étroitement liés. Enfin, la présence d’une mutation de l’un ou l’autre des 2 gènes était un facteur prédictif indépendant de la résistance aux agonistes dopaminergiques.


En conclusion, les adénomes à prolactine sont rares avant 20 ans et surviennent plutôt chez les filles et à l’adolescence. Leur phénotype est assez comparable à celui des adultes : les tumeurs sont plus grosses et plus invasives chez les garçons, chez les adolescentes, il s’agit plus souvent de microadénomes. Enfin, leur réponse aux agonistes dopaminergiques est excellente, justifiant, comme chez l’adulte, leur prescription en première intention… même en cas de volumineuse lésion comprimant le chiasma optique.